Cristina Fernandez de Kirchner

Sénatrice d'Argentine, invitée d'honneur de l'Observatoire

par Jean-François Dray

Perspectives et rétrospectives de la vie politique argentine

"Leçon inaugurale le 25 novembre 2003" au Sénat avec Cristina Fernandez de Kirchner

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LA MAISON DE L'AMERIQUE LATINE

217, Boulevard Saint-Germain

75007 PARIS

De gauche à droite : La Sénatrice argentine Cristina Fernandez de Kirchner, le Sénateur Roland Du Luart Diana Quattrocchi-Woisson, présidente de l'Observatoire et Jean Piel, Professeur émérite Paris VII

36 peintres argentins exposent au Sénat

légende gravure ci-dessus d'Antonio Segui : "Después de Algunas Copas"

Pour l'inauguration du Troisième cycle de l'Observatoire de l'argentine Contemporaine et la venue de la Sénatrice argentine Cristina Fernandez de Kirchner, l'association a organisé une exposition de 36 peintres argentins salle Clémenceau au Sénat . Un catalogue a été réalisé en collaboration avec le Sénat.

 

 

Pour le consulter cliquez sur : Catalogue de l'exposition

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Discours d'ouverture du 3e cycle de conférences de l'Observatoire de l'Argentine Contemporaine

par Madame Diana Quattrocchi-Woisson

 

Señora Senadora de la República Argentina Cristina Fernández de Kirchner, Monsieur le Sénateur de la République française, Roland Du Luart, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Mesdames et Messieurs les Députés, Messieurs les Ambassadeurs, Chers Collègues, Cher Amis, Mesdames et Messieurs, nous vous remercions très chaleureusement d’être venus si nombreux ce soir et de confirmer ainsi l’intérêt qui suscite notre démarche de dialogue pluraliste autour de l’exemple argentin.

Certes, il s’agit d’une séance tout à fait exceptionnelle, dans un cadre extraordinaire et avec une invitée d’exception. Nous avons souhaité une séance d’envergure pour l’ouverture de notre troisième cycle de conférences parce que nous considérons que la situation argentine est en elle-même tout à fait exceptionnelle. Pour l’analyse, pour la réflexion intellectuelle, pour le débat politique, le cas argentin offre un exemple des plus stimulants de par le nombre très important de contrastes et de paradoxes qu’il comporte.

Il y a à peine deux ans, quand nous avons lancé notre premier cycle de conférences, en octobre 2001, l’Argentine était au bord du précipice. Un pays à genoux, appauvri et endetté, un pays à la dérive et un gouvernement sourd et autiste. On se rappelle encore, et comment l’oublier !, la révolte citoyenne au rythme des casseroles, les citoyens qui refusaient massivement l’état de siège et descendaient dans les rues des grandes villes pour demander la démission des dirigeants politiques identifiés comme les responsables d’un tel désastre.

Aujourd’hui, à deux ans de ce grand bouleversement, les Argentins ont retrouvé la confiance et l’espoir. Une large majorité se dit satisfaite de la nouvelle légitimité politique issue des urnes, lors des élections oh ! combien inédites d’avril 2003. Un nouveau contrat républicain vient de s’instaurer en Argentine. Ce contrat est organisé autour de la lutte contre l’impunité et contre la corruption et fait du « jamais plus » del « nunca mas », la pierre de lance de la reconstruction nationale, avec un mot d’ordre, avec un slogan apparemment très humble « nous voulons un pays sérieux »

Pour certains ces faits montreraient une fois de plus que l’Argentine serait un pays énigmatique et incompréhensible, un pays velléitaire et cyclothymique. Pour nous, au contraire, il s’agit d’un exemple créatif et innovateur de recomposition et de rénovation démocratique du champ politique. Ce processus créatif et innovateur encore en gestation est rempli de leçons et d’enseignements dont l’intérêt dépasse les frontières de l’Argentine.

Depuis deux ans, le succès de nos conférences mensuelles à la Maison de l’Amérique latine démontre que cette Argentine, si proche et en même temps si lointaine de la France, offre un matériel d’une richesse extraordinaire pour la compréhension des enjeux majeurs de notre troisième millénaire, et pas simplement à l’échelle d’un pays.

Nous avons affirmé et venons de le publier, que la résolution de la crise argentine fut essentiellement politique et démocratique. C’est pourquoi nous avons souhaité que la séance inaugurale de ce troisième cycle de conférences porte sur la vie politique argentine. Une des caractéristiques de notre travail d’analyse est la volonté de confronter des logiques différentes, dans le plus grand pluralisme. Dans nos séances, le dialogue entre les acteurs de la vie politique, économique, sociale ou culturelle et les spécialistes en sciences humaines et sociales est un objectif primordial. Entre l’action et la pensée, entre l’expérience pratique et l’analyse théorique, nos séances ont toujours l’ambition de désenclaver le débat, de le sortir de toute logique fermée ou corporative.

Madame Kirchner, vous avez accepté notre invitation et nous vous en remercions très chaleureusement. Vous avez aussi accepté que votre leçon inaugurale soit soumise à un débat franc et ouvert avec des spécialistes, des universitaires, des chercheurs, des collègues qui ne sont pas dans l’action politique mais dont le métier, la profession est de comprendre et d’essayer de rendre intelligible les processus historiques, politiques ou socio-économiques.

Quand nous avons sollicité l’aide du groupe d’amitié France-Amérique du Sud du Sénat pour organiser cette séance inaugurale consacrée à la vie politique argentine, nous ne savions pas encore si nous allions inviter une personnalité de l’opposition ou de l’officialisme. Et nous ne le savions pas, parce qu’en février/mars 2003 l'on ne savait même pas si les élections anticipées demandées par la citoyenneté auraient pu avoir lieu. Depuis l’investiture du Président Néstor Kirchner, le 25 mai 2003, et du programme qu’il a annoncé et qu’il a mis en œuvre avec la rapidité de l’éclair. Il était évident qu’il nous fallait inviter une personnalité représentative de cette nouvelle articulation politique.

En juin 2003, notre deuxième cycle de conférences se termina avec l’intervention d’une députée argentine de l’opposition, Madame Alicia Castro, identifiée avec des positions politiques de gauche. Et c’est justement Madame Alicia Castro qui eu la gentillesse de transmettre notre invitation à Mme Kirchner. Quand vous êtes venu en France, en juillet passé, accompagnant votre époux lors de sa première tournée présidentielle en Europe, vous nous avez accordé un rendez-vous et vous avez acceptez avec enthousiasme l’idée de venir en France pour cette séance inaugurale.

Quiconque travaille avec l’Argentine sait que l’une des caractéristiques la plus importante de la crise fut d’ordre moral. La crédibilité, la valeur de la parole donnée, étaient complètement passés aux oubliettes. Que vous ayez tenu parole, Mme Kirchner, est que vous soyez ce soir avec nous, malgré un agenda fort serré en Argentine, est peut-être le signe d’une nouvelle culture politique qui cherche à se frayer un chemin au milieu d’une crise de valeurs sans précédents. C’est évident aussi que les anciennes et les nouvelles pratiques politiques coexistent encore. Quels sont les atouts et les limites du projet politique que vous défendez, avec autant de passion que de franchise, voilà des questions que nous allons nous poser et vous poser ce soir.

Votre expérience politique Mme Kirchner, s’est toujours déroulée dans le péronisme, où vous avez créé un courrant interne que vous avez nommé précisément « le courrant ». Juriste de formation, vous avez un long parcours parlementaire, vous avez été d’abord députée provinciale, ensuite députée nationale, et toujours en représentation de la province de Santa Cruz. Vous avez siégé à la convention constituante qui réforme la constitution argentine en 1994 et vous avez été élue par deux fois Sénatrice de la province de Santa Cruz. La dernière en octobre 2001, lors des premières élections sénatoriales au suffrage direct. Depuis le 25 mai 2003 vous êtes aussi, en tant qu’épouse du Président Kirchner, la « première dame » mais vous dîtes que vous n’aimez pas ce titre et que vous préférez que l’on vous appelle «  première citoyenne ».

Tous nos remerciements à M. Christian Poncelet, Président du Sénat qui nous a fait l’honneur de placer notre séance inaugurale sous son Haut Patronage. Le Sénateur Roland Du Luart et le Groupe d’amitié France Amérique du Sud nous ont facilité l’accès à cette belle salle Clemenceau équipée pour la traduction simultannée et d’une capacité d’accueil plus importante que celle dont nous avons l’habitude de travailler toute l’année. Nos remerciements également au Sénat de la République Française pour l’accueil de l’exposition solidaire de peintres argentins, « L’Argentine de mes rêves ». Cette vente solidaire permettra de conclure notre aide avec une poignée de micro projets associatifs dans cinq quartiers de la ville de Buenos Aires.

Comme pour les années précédentes, nous avons été soutenus, à des degrés différents, par le CNRS, par l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine , par l’Ambassade d’Argentine en France, par l’Ambassade de France en Argentine et par les Editions Tiempo. Toutes ces institutions sont vivement remerciées.

Mais c’est à la Maison de l’Amérique latine, à son directeur général M. François Vitrani et à sa directrice culturelle Mme Anne Husson que nous devons l’essentiel. La vocation de carrefour culturel de la Maison de l’Amérique latine nous a permis le contact avec un public large et très motivé qui nous a été très fidèle pendant deux ans. Nous espérons que le programme de cette année suscitera le même enthousiasme que ceux des années précédentes et nous saluons le retour en France de M. l’Ambassadeur Alain Rouquié qui vient d’être élu nouveau Président de la Maison de l’Amérique latine et qui nous fait maintenant l’honneur d’intégrer notre Conseil Scientifique.

Mes remerciements très chaleureux à tous les collègues du Conseil Scientifique et tout particulièrement pour la séance d’aujourd’hui à M. Alain Touraine, Jean Piel, Pierre Salama et Jean Michel Blanquer qui vont, chacun dans leur spécialité et leur discipline, commenter et problématiser la leçon inaugurale de Mme Kirchner.

Mon remerciement finalement, aux membres du bureau et aux adhérents actifs de l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine parce que cette aventure individuelle et collective dans laquelle nous nous sommes embarqués depuis octobre 2001 a créé des liens d’amitié très réconfortants ainsi qu’un dialogue franco-argentin dont nous avions tant besoin au niveau de la société civile.

L’Argentine a une histoire tragique. Quelques membres de l’équipe de l’Observatoire de l’Argentine contemporaine appartiennent à cette « génération décimée » évoquée par le Président Kirchner lors de son discours d’investiture. Il s’agit bien évidemment de tous ceux qui ont survecu aux années de plomb en Argentine. C’est votre génération Madame Kirchner ; et c’est aussi la mienne. Le devoir de mémoire est très répandu dans tous les secteurs de la société argentine. Le spectre des milliers de morts sans sépulture se dresse encore comme une muraille contre laquelle viennent se briser tous les projets destinés à l’oubli et à l’impunité. En remerciant toutes les personnes ici présentes de nous accompagner dans cette séance inaugurale et avec une pensée émue envers les absents de notre génération, je déclare formellement ouvert le troisième cycle de conférences de l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine.

La salle Clémenceau du Sénat
Madame Kirchner
Alain Touraine de l'EHESS